Le jour de la retraite, ton assureur te pose une question qui vaut littéralement 200 000 euros : “Vous préférez une rente à vie, ou récupérer votre capital ?”
La plupart des gens choisissent la rente. Parce que “rente à vie”, ça sonne rassurant. Quelqu’un s’occupe de toi jusqu’à la fin, tu n’as plus rien à gérer. Sauf que derrière le mot rassurant se cache un des pires deals de toute ta vie patrimoniale. Et je vais te le prouver avec des chiffres, pas avec des opinions.
Deux retraités, deux choix
Prenons Claire et Thomas. Même âge, 67 ans. Même capital, 200 000 euros sur leur assurance vie. Même point de départ.
Claire choisit la rente viagère. Thomas choisit la sortie en capital, avec des rachats partiels réguliers. Et pour que la comparaison soit honnête, Thomas se verse chaque année exactement le même montant que Claire touche en rente. Mêmes revenus, donc. On regarde juste ce qu’il reste dans chaque poche au fil du temps.
Claire et sa rente : le capital qui ne revient jamais
Claire donne ses 200 000 euros à l’assureur. En échange, elle reçoit 7 372 euros la première année, net des 3 % de frais d’arrérage. Soit un “rendement” de 3,69 %.
3,69 %. Pour un capital qu’elle ne reverra jamais.
C’est le terme que personne ne lit dans les petites lignes : l’aliénation du capital. Claire a donné son argent. En contrepartie, l’assureur lui doit une rente, irréversible. Si elle décède à 70 ans, l’assureur garde tout. Ses enfants n’héritent de rien.
Et même si Claire vit vieille, le calcul reste cruel. En euros constants, il lui faut atteindre environ 93 ans pour simplement récupérer sa mise de départ. 93 ans pour revenir à zéro. C’est ça, le produit qu’on te vend comme “la sécurité”.
Thomas et son capital : l’argent qui continue de travailler
Thomas, lui, garde ses 200 000 euros investis. Il se verse le même montant que Claire chaque année, mais son capital continue de tourner à 3 % par an. Une hypothèse volontairement prudente : fonds euro avec un peu d’unités de compte, rien d’agressif.
Voici le tableau que ton assureur ne te montrera jamais.
| Âge | Capital restant (Thomas) | Capital restant (Claire) |
|---|---|---|
| 67 ans | 198 628 € | 0 € |
| 75 ans | 178 521 € | 0 € |
| 85 ans | 122 382 € | 0 € |
| 90 ans | 76 193 € | 0 € |
| 95 ans | 14 016 € | 0 € |
Thomas touche les mêmes revenus que Claire. Mais à 85 ans, il lui reste encore 122 382 euros. À 90 ans, 76 193 euros. À 95 ans, encore 14 016 euros. Son capital ne s’épuise que vers 96 ou 97 ans. Et là encore, c’est avec un rendement minable de 3 %. Passe à 5 %, le profil équilibré le plus banal du marché, et le capital tient au-delà de 105 ans. Autrement dit, tu ne le vides jamais.
La transmission, ce détail qui change tout
Il y a un deuxième angle que la rente fait disparaître purement et simplement : ce qui reste pour tes proches.
Si Thomas décède à 85 ans, ses enfants héritent de 122 382 euros. En assurance vie, avec l’abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, c’est souvent sans le moindre droit de succession. Claire ? Ses enfants héritent de zéro. Tout ce qu’elle n’a pas consommé reste dans les coffres de l’assureur. Tu as bien lu : ton effort d’épargne d’une vie entière finance la marge de la compagnie, pas tes enfants.
Et la fiscalité achève la rente
On n’a même pas encore parlé des impôts. Et c’est là que ça devient presque comique.
La rente viagère issue d’une assurance vie, à titre onéreux, avec un départ à 67 ans, est imposable à hauteur de 40 % de son montant à l’impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux sur cette fraction. Sur les 7 372 euros de Claire, environ 2 949 euros sont taxés. À un taux marginal de 30 %, ça fait à peu près 1 390 euros d’impôts par an. Sur une rente déjà maigre.
Les rachats partiels de Thomas, sur un contrat de plus de 8 ans, bénéficient eux d’un abattement annuel de 9 200 euros par couple, 4 600 euros pour un célibataire, sur la part de plus-value. Tant qu’il reste sous ce seuil, c’est zéro impôt sur le revenu. Rien.
Même revenu, même montant retiré, mais Claire paie et Thomas non. Et sur un PER alimenté par des versements déduits, c’est encore pire : la rente y est imposée à 100 %, comme une pension classique.
Alors pourquoi les Français choisissent-ils la rente ?
Le réflexe est culturel. “Retraite égale quelqu’un s’occupe de moi.” L’assureur surfe sur cette peur enfantine : “Et si vous gérez mal votre argent ?” Mais retourne la question. Et si tu décèdes à l’âge moyen ? Selon l’INSEE en 2025, l’espérance de vie à 65 ans est de 20 ans pour un homme et 23,6 ans pour une femme. Dans les deux cas, le scénario capital gagne largement.
La rente, c’est un pari. Tu paries que tu vas vivre très, très vieux. L’assureur parie que non. Et devine qui a embauché tous les actuaires ?
Le cas particulier de l’Article 83
Tu as peut-être un vieux contrat Article 83, rebaptisé “PER Obligatoire” depuis la loi PACTE. C’est un plan souscrit par ton employeur, et là, pas de débat : le compartiment des versements obligatoires ne peut sortir qu’en rente. La loi l’impose.
Coincé, alors ? Pas vraiment. Surtout, ne liquide pas. Tant que tu ne demandes pas ta rente, ton capital reste investi et continue de grossir. Et la loi PACTE t’autorise à le transférer vers un PER individuel, souvent bien moins gourmand en frais. Ton capital travaille plus vite, en silence. Et le jour où tu décèdes, il file à tes bénéficiaires avec la fiscalité avantageuse de l’assurance vie (article 990 I du CGI). La meilleure rente d’un Article 83, c’est finalement celle que tu ne prends jamais.
Que faire concrètement
Privilégie la sortie en capital par rachats partiels réguliers. Tu te fabriques ta propre rente, avec un meilleur rendement, moins de frais, moins d’impôts, et tu gardes le contrôle de bout en bout.
Et si tu ne fais qu’une seule chose ce mois-ci : vérifie ta clause bénéficiaire en assurance vie. Tout ce capital que tu vas conserver ne servira tes proches que si la clause est bien rédigée. C’est gratuit, ça prend dix minutes, et ça évite des catastrophes.
La rente n’a jamais été un produit de protection. C’est un produit d’assurance, vendu par des gens dont le métier est de gagner ce pari. Ne joue pas contre la maison. Garde ton capital.