Macro

Mes prédictions 2026 (et le bilan honnête de 2025)

Par Marc Sauvage, le

C’est le moment que tout analyste financier redoute : passer au crible ses prédictions de l’année passée en face d’une réalité obstinée. Pas de complaisance, pas d’excuses. Simplement : qu’est-ce qui a marché, qu’est-ce qui a raté, et pourquoi.

Le bilan 2025 : 7 sur 10

Ce qui a marché.

L’instabilité politique française? Validé. Les finances publiques continueront à se détériorer, la dette monte, le déficit explose, les revenus stagnent, les impôts augmentent. C’était prévisible, c’est arrivé.

L’or a explosé. Prédiction : les banques centrales allaient devenir acheteuses massives. Résultat : plus 65 à 68% en 2025. Pas mal.

Le Livret A? Prévu en baisse progressive. Confirmé. Les fonds euros à 4-6% de rendement réel? Ils existaient, il fallait juste les chercher. Ils ont livré.

Les actions américaines? Je tablais sur une continuation. Elles ont surperformé. Le marché américain a goutté à l’idée d’une désinflation sans recession. Correct.

Les obligations? 4 à 6% de rendement selon la durée et le crédit. Plusieurs lecteurs ont pris du 4,5% sur du 5-7 ans en euro. Confortable.

Ce qui a raté.

L’euro par rapport au dollar. Je prédisais une baisse continue. Le dollar s’est en réalité affaibli face à l’euro. Appreciation de 12-13%, pas une dépréciation. C’est humiliant, mais c’est la vérité. Les flux ont joué différemment que prévu. Les données européennes aussi.

Bitcoin. J’étais confiant à 200k à fin 2025. On a plaffonné à 90-93k. C’est une belle séquence hausse, mais loin des anticipations. Les crypto risquées ont souffert, le contexte réglementaire a pesé plus que l’euphorie spéculative.

Score final : 7/10. Pas brillant, pas catastrophique. Un pauvre joueur de poker dirait : les bonnes idées ont marché, les appels aux cheveux n’ont pas suivi.

La France en 2026 : le chaos se poursuit

Le gouvernement Barnier est mort, Bayrou prend les commandes. Rien n’a changé en termes de structure fiscale. La France reste surtaxée, sous-productive, endettée.

Voici ce qu’il faut anticiper.

La dette monte à 3200+ milliards. Le déficit strutiel reste au-dessus de 5% du PIB. Les revenus stagnent (démographie plate, productivité faible). Les impôts montent, c’est la seule variable d’ajustement. Impôt sur les plus-values, impôt sur le forex, tasse sur les fintech, CSG qui grimpe… l’État est en train de chasser les contribuables hors de la France.

Conséquence logique : le chômage monte. Les OAT 10 ans montent (plus 150-200 points de base c’est envisageable). Les hypothèques deviennent plus chères. L’immobilier stagne ou baisse doucement.

Pour vous : favorisez les CAC40 qui gagnent leurs sous à l’étranger. LVMH vend en Chine, pas en Creuse. Air Liquide exporte son expertise. Schneider vend des systèmes d’automatisation au monde entier. C’est ça qui rapporte. Évitez les valeurs défensives ancrées au territoire français (matériaux de construction, petite distribution). Elles vont souffrir d’une demande intérieure en berne.

Livret A : la dégringolade de février

Le Livret A va descendre à 1,40%-1,50% en février. C’est une évidence mathématique. L’inflation française s’est normalisée, les taux de refinancement baissent, la BCE coupe les taux progressivement.

À ce niveau, le Livret A redevient ce qu’il a toujours été : un placement de sécurité, pas de rendement. Vous gardez votre pouvoir d’achat, c’est tout.

La vraie opportunité : les fonds euros nouvelle génération. Ils ciblent 4-4,5% nets. Ils jouent sur la durée des obligataires, la prime de risque crédit, les taux réels. Avec un peu de flexibilité (assurance-vie, donc fiscalité douce à terme), c’est beaucoup plus intéressant que de garder votre argent à 1,4% de rendement réel négatif.

Or : la pause bien méritée

L’or a explosé en 2025. Une pause, voire une latéralisation, est normale en 2026. Je table sur 3500-4000 dollars l’once, pas le crash dramatique, mais la fin de l’euphorie.

Stratégie : tenez vos positions, ne vous précipitez pas à acheter au pic. Si vous avez 10% en or, c’est bon. Si vous en avez zéro, profitez d’une baisse vers 3500 pour en prendre un peu (5-7%). Mais ne vous transformez pas en hoarding obsédé. L’or est une assurance, pas une source de rendement.

Bitcoin : l’année de la purge

2026 sera l’année de la purge. Des milliers de projets crypto sans fondamentaux vont disparaître. Seuls BTC et ETH survivront vraiment, avec peut-être quelques autres cryptos avec des cas d’usage réel. Mais la majorité? De la poussière d’ici 2 ans.

Pour Bitcoin lui-même, je vise un retour progressif vers 150k milieu 2026, pas 300k, pas 80k. C’est une croissance régulière d’une ressource rare dans un univers où les devises fiat perdent de la crédibilité.

Stratégie : DCA discipliné. Achetez régulièrement, petit montant, peu importe le prix. Cela lisse les entrées et tue l’émotionnel.

Small caps Europe : le rebond du discounted

Les petites capitalisations européennes se font massacrer depuis 3 ans. Elles se valent 4-5x cash-flows, contre 10-15x pour les mega caps US. C’est un gouffre de valorisation.

Je mise sur un rebond de 20-30% possible entre 2026 et 2027. Ces entreprises, c’est du vrai business, pas du cloud de hype. Elles versent des dividendes de 5-7%. Elles sont simplement ignorées parce que les flux vont aux géantes de la tech.

Un positionnement petit sur des small caps value : c’est une décision contrarian, et elle pourrait vous rire à la figure en 2026.

Obligations datées : le revenant utile

Les obligations échéance 2030-2032 à 4-5% nets : c’est moins sexy que Bitcoin, mais c’est réel. Ce rendement, vous l’encaissez. Pas de volatilité de marché si vous les tenez jusqu’à l’échéance. C’est du vrai rendement, avec du vrai risque de crédit (certes faible sur les obligations d’État).

Si les taux baissent de 50 points en 2026, vous gagnerez aussi en plus-value. C’est un parachute confortable.

Euro/Dollar : la faiblesse revient

Je prédis un euro faible en 2026. La France est surée (dette, déficit, productivité faible). L’Allemagne cherche son modèle. Les deux économies qui moteur la zone euro sont en difficulté. Le dollar, malgré ses politiques étranges, reste adossé à la machine productive américaine.

Conséquence : l’euro baisse contre le dollar et le yen. C’est pas dramatique pour vous si vous avez des revenus en euros, mais c’est important pour vos placements libellés en dollars ou en titres exposés au dollar.

La règle 2026 : ne pas faire de conneries

2026 n’est pas l’année pour prendre des risques extravagants. C’est pas l’année pour tout vendre en panique. C’est l’année pour : rester équilibré, éviter les grandes erreurs, rester mobile si les conditions changent.

Les meilleurs investisseurs ne sont pas ceux qui prédisent le futur. Ce sont ceux qui acceptent de ne rien savoir et qui rééquilibrent continûment. Faites pareil.


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