Macro

Le Pacte Faustien de la France

Par Marc Sauvage, le

Depuis 30 ans, la France a accepté un marché sinistre. Nous avons laissé partir nos usines en échange de biens bon marché en provenance de Chine, pendant que l’État grossissait pour masquer l’effondrement. Comment en sommes-nous arrivés là?

Le piège de la désindustrialisation rentable

Au début des années 1990, un calcul s’est imposé aux actionnaires et dirigeants français. Produire localement coûtait trop cher. Le retour sur capital investi s’effondrait. La décision a été logique: délocaliser vers des pays où la rentabilité était meilleure.

Mais ce qui a rendu ce modèle supportable, c’est l’importation massive de déflation depuis la Chine. Les prix baissaient. Les rayons se remplissaient. Et les Français se sont laissé bercer par l’illusion que tout allait bien. Un tee-shirt à 5 euros, une télévision à 250 euros, une cafetière à 29 euros. Nous nous sommes appauvris sans le réaliser.

Nous avons vendu nos usines et nos brevets

On aime dire que la mondialisation a détruit nos usines. Mensonge rassurant. Beaucoup ont été vendues, volontairement, par des Français. Des savoir-faire ont disparu. Des brevets ont été rachetés. Des lignes de production ont été démontées et remontées ailleurs. Et très souvent, sans aucun combat. Pas les politiques. Pas les banques. Pas les clients. Et les salariés ont été livrés à eux-mêmes.

Le pays entier était déjà ailleurs, captif d’une logique de consommation, convaincu que l’industrie, c’était le passé, une affaire sale et démodée.

Un État obèse pour masquer l’effondrement

Face à cette hémorragie productive, que fait l’État? Il se gonfle. À chaque crise, même réponse: plus de dépenses publiques, plus de fonctionnaires, plus de normes, plus de dette, plus d’aides. Ce modèle a fonctionné tant qu’on pouvait emprunter à taux faible et repousser l’addition. De 2010 à 2022, cela a marché.

Mais voilà: tout cela ne crée pas de richesse réelle. Pire, cela étouffe le secteur privé. Chaque euro prélevé en impôt doit être financé par quelqu’un. Et ce quelqu’un, c’est le secteur privé, de moins en moins dynamique.

Une société qui a désappris à produire

La dernière pièce du puzzle est la plus insidieuse. Une génération entière a entendu que le travail manuel, l’industrie, la production, c’était du passé. Que l’avenir, c’était les services, les écrans, le tertiaire. Les lycées professionnels ferment. Les jeunes ne veulent plus des usines. Les élites méprisent les secteurs physiques. Résultat: on ne veut plus produire. Et comme la productivité est la seule vraie source de richesse à long terme, on s’appauvrit lentement, mais sûrement.

La Chine a pris de l’avance

Pendant ce temps, la Chine ne s’est pas contentée d’être l’atelier du monde. Elle innove, elle invente, elle dépasse. Maglev à 1000 km/h. Réacteurs au thorium. Taxis volants. Nous avons cru que la Chine resterait indéfiniment un copieur bon marché. Erreur stratégique.

Ce pacte n’est pas irréversible

On peut réinvestir dans la production réelle. On peut alléger le poids de l’État pour redonner de l’oxygène au privé. On peut reprendre le contrôle sur notre énergie, notre industrie, notre avenir.

Ce ne sera ni simple ni rapide. Mais c’est le seul chemin pour sortir de cette dépendance. Et ça commence toujours par regarder la vérité en face.


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