L’or franchit les 5000 dollars l’once. L’argent monte à la vitesse d’un marché de taupe qui fuit ses prédateurs. Et pendant ce temps, les banques centrales accumulent les lingots comme jamais. Ce n’est pas du hasard, et ce n’est pas une mode. C’est un changement structurel du système monétaire mondial, et la pyramide d’Exter est la clé pour le comprendre.
La pyramide d’Exter : une hiérarchie de confiance
Imaginez une pyramide inversée. Plus vous descendez, plus c’est sûr, plus c’est liquide, plus c’est universel. Plus vous montez, plus c’est rentable, mais plus c’est risqué.
Au sommet, en rouge : les produits dérivés, l’effet de levier, les promesses complexes. Tous les trucs que les banques d’investissement adorent inventer et que personne ne comprend vraiment. C’est là que se cache la majorité du risque système.
En dessous : les actions, l’immobilier, les obligations privées, les dépôts bancaires. Des actifs réels, mais qui dépendent de la signature de quelqu’un. Si la contrepartie fait faillite, vous perdez.
Plus bas : les obligations d’État, les devises de banques centrales (le dollar, l’euro). C’est déjà beaucoup plus solide. La confiance repose sur la capacité d’un gouvernement à collecter les impôts et à rembourser. C’est une promesse, mais une promesse émise par l’entité la plus puissante du pays.
Et tout en bas, le point ultime : l’or physique. Zéro risque de contrepartie. Zéro promesse. C’est du métal. Il a de la valeur parce que l’humanité a décidé depuis 5000 ans que ça avait de la valeur. C’est l’ultime réserve de confiance.
Pourquoi la pyramide s’efface
Jusqu’en 1971, le dollar était directement adossé à l’or : 35 dollars l’once, garanti par Fort Knox. Puis Nixon a fermé le robinet. Le dollar n’est plus convertible en or. Mais le système n’a pas basculé au chaos. Pourquoi? Parce qu’on a remplacé l’or par quelque chose de presque aussi fiable.
Le dollar lui-même est devenu la réserve de confiance. Pas à cause de l’or, mais à cause de l’énorme marché obligataire américain, liquide et profond. À cause du fait que les États-Unis dominent le commerce mondial. À cause de la perception (légitime) que le dollar était une monnaie saine, non-politisée, de la banque centrale la plus indépendante qui existe.
Pendant 50 ans, ça a marché. Les pays ont vendu leur or, jugé inutile. La France sous Sarkozy a vendu un cinquième de ses réserves à 400 dollars l’once. Le Canada a zéro lingots. Pourquoi thésauriser de l’or stérile quand on peut tenir du dollar, qui au moins rapporte des intérêts?
Le dollar devient politique
Et puis, progressivement, le dollar est devenu politique. Les États-Unis l’ont compris. Geler les réserves russes, sanctionner l’Iran, pénaliser les pays. Utiliser le système de paiement comme arme. C’est efficace à court terme. Mais c’est moralement destructeur pour la confiance à long terme.
Quand une monnaie devient une arme, les autres ne veulent plus l’accumuler. C’est rationnel. Ils cherchent à diversifier vers le bas de la pyramide.
Et c’est exactement ce qu’on observe. Les banques centrales ont acheté 863 tonnes d’or en 2025, un record absolu. Les BRICS reconstruisent le bas de la pyramide. La Chine achète discrètement. L’Inde accumule. La Russie, sanctionnée, constitue sa forteresse en or.
Que cela signifie pour vous
Le système vit un moment étrange. À cheval entre deux univers. D’un côté : un dollar qui ne capitalise plus assez de confiance pour être la réserve ultime. De l’autre : l’or qui reprend lentement sa place comme réserve de derniers recours.
Ce n’est pas que l’or va remplacer le dollar. C’est que les deux vont coexister, et que l’or reprend une signification qu’il avait perdue : celle d’une assurance contre l’effondrement de la confiance dans les devises.
Pour votre épargne, cela veut dire : avoir de l’or physique n’est plus une excentricité. C’est une composante raisonnable d’un portefeuille équilibré. Pas 80%. Pas 5% non plus. Quelque part entre 5% et 15%, selon votre sensibilité au risque systémique et votre horizon d’investissement.
Cela signifie aussi que les cours vont rester volatiles. L’or est en train de se reprendre une place. Ce processus n’est jamais linéaire. Il y aura des pauses, des corrections, des doutes. Mais la direction structurelle est claire.
La pyramide s’est effondrée en 1971 en faveur du dollar. Le dollar se lézarde depuis 2010. Et maintenant, le marché revient chercher le métal brillant tout en bas.
Vous préférez avoir une assurance qu’on n’aura finalement pas besoin, ou vous réalisez trop tard qu’elle manquait à l’appel?