Macro

Tu empruntes moins cher que l'État français (et ça ne durera pas)

Par Marc Sauvage, le

Deux chiffres relevés cette semaine.

OAT France 10 ans, c’est-à-dire le taux auquel l’État français emprunte : 3,9 %.

Taux d’un crédit immobilier sur 10 ans : 3,20 %.

Tu as bien lu. Un particulier emprunte aujourd’hui moins cher que l’État français. Autrement dit, le marché considère que monsieur tout le monde est un meilleur risque que Bercy.

Cette anomalie contient trois messages pour toi. Un tactique, un stratégique, et un que ta banque ne te dira jamais.

La photo de juillet 2026

Voilà ce que les baromètres crédit affichent en France pour un prêt sur 10 ans : taux excellent à 2,77 %, très bon à 3,19 %, bon à 3,33 %.

Pendant ce temps, l’OAT 10 ans navigue autour de 3,95 %.

Petit rappel de bon sens. L’OAT, c’est censé être le taux sans risque de contrepartie : l’État français rembourse toujours. Tout autre emprunteur, y compris ta banque, coûte plus cher à financer puisqu’il ajoute du risque de crédit. Un taux immobilier devrait donc se situer au-dessus de l’OAT, avec une marge historique de 80 à 150 points de base.

Aujourd’hui, sur les meilleurs dossiers, on est 117 points de base en dessous. Le monde à l’envers.

Pourquoi ta banque prête à perte apparente

Trois mécanismes se cumulent.

Ta banque n’achète pas son argent au prix du jour. Elle ne se refinance pas à l’OAT spot. Elle vit sur un stock hérité de 2020 à 2022 : tes dépôts à vue rémunérés à 0 % et ses obligations émises quand les taux étaient au plancher. Son coût moyen pondéré tourne autour de 1,8 à 2,2 %. Elle peut donc te prêter à 3,20 % en marge positive tout en restant sous le taux souverain. Sauf que ce stock s’épuise chaque trimestre.

Le crédit immobilier est un produit d’appel. Ta banque ne veut pas te vendre un crédit. Elle veut te vendre tout ce qui l’accompagne : assurance vie, PER, carte premium, gestion sous mandat, crédit conso, domiciliation salariale. C’est là qu’elle fait sa marge réelle. Sur vingt ans de relation, tu vas lui rapporter dix fois ce qu’elle t’a “offert” en intérêts.

Le 2,77 % est de l’affichage. Ce taux est réservé à une élite : 30 % d’apport minimum, top 10 % des revenus, dossier béton, domiciliation totale exigée. Le taux moyen des dossiers réellement signés en juillet 2026 se situe plutôt entre 3,3 et 3,5 %. Le baromètre est un habillage marketing destiné à te faire pousser la porte.

Ce que cette anomalie dit de la France

Ce n’est pas seulement une opportunité pour les emprunteurs. C’est aussi un signal macro que peu de gens ont envie de lire.

Une OAT à 3,9 %, c’est un écart de 110 points de base contre le Bund allemand, autour de 2,80 %. Le marché exige une prime pour financer la France : dette publique au-dessus de 120 % du PIB, déficit supérieur à 5,5 %, note dégradée à AA- chez S&P et Fitch.

Pendant ce temps, les banques font du crédit à marge très faible pour maintenir leur production dans un environnement où les emprunteurs solvables se raréfient.

Traduction : la faiblesse relative du taux immobilier ne vient pas d’une France en bonne santé. Elle vient d’un décalage comptable temporaire côté banques et d’une défiance croissante côté dette souveraine.

L’autre paradoxe : l’État emprunte à 3,9 % et te paie 1,7 %

Bercy vient d’annoncer le nouveau taux du Livret A : 1,7 %.

Mets les deux chiffres côte à côte. L’État paie 3,9 % aux marchés. Il te paie 1,7 %, à toi. Écart de 220 points de base.

Sur environ 450 milliards d’euros d’encours Livret A, cela représente près de 10 milliards d’euros par an de coût de financement économisés. Sur le dos de l’épargne populaire.

Ton Livret A n’est pas une épargne sûre au sens noble. C’est un prêt à l’État à taux cassé, qui te fait perdre du pouvoir d’achat chaque année avec une inflation autour de 2 %.

Le vrai scandale des taux en 2026, ce n’est pas celui de ton crédit immobilier. C’est celui de ton Livret A.

Trois scénarios pour la suite

Scénario A, environ 55 % de probabilité : hausse progressive des taux immobiliers. Les banques laissent glisser leurs taux affichés à mesure que leur stock de refinancement bon marché se recycle. Rattrapage de 50 à 100 points de base d’ici six mois, taux excellent 10 ans entre 3,3 et 3,7 % vers le premier trimestre 2027.

Scénario B, environ 20 % : baisse des OAT. Cela suppose une rigueur budgétaire peu probable ou une intervention de la Banque centrale européenne.

Scénario C, environ 25 % : resserrement des critères. Les banques gardent des taux affichés bas pour l’image mais durcissent en coulisse : apport minimum de 25 à 30 %, taux d’endettement strict à 32 %, refus des dossiers marginaux. La production baisse sans que les taux bougent.

Le plus probable reste un cocktail A et C : rattrapage lent des taux et resserrement des critères en parallèle.

Ce que tu peux faire concrètement

Si tu as un projet immobilier dans les six à douze mois, la fenêtre est objectivement anormale. Un dossier bouclé à 2,9 % en septembre 2026 plutôt qu’à 3,5 % en mars 2027, c’est environ 35 000 euros d’intérêts économisés sur 300 000 euros empruntés à 20 ans. Ne traîne pas.

Sur le locatif pur, reste prudent. Le taux bas ne compense ni les prix encore élevés dans les grandes villes, ni la fiscalité défavorable, ni un rendement brut modeste.

Sur l’assurance vie, c’est une bonne nouvelle. Une OAT à 3,9 %, c’est du carburant pour le rendement futur des fonds euros. Les assureurs qui achètent à ce taux aujourd’hui produisent du rendement pendant dix ans. Attends-toi à des taux servis pour 2026, annoncés début 2027, autour de 3 à 3,5 % sur les fonds euros dynamiques, contre 2,5 à 2,8 % en 2024. Si tu hésitais à alimenter ton contrat, c’est maintenant.

Ce qu’il faut retenir

Deux façons de profiter de cette anomalie : emprunter, et alimenter tes fonds euros.

Sur l’immobilier, le cadeau ne durera pas. Trois à six mois de fenêtre, probablement. Pas plus.


Un rendez-vous découverte de 30 minutes, offert et sans engagement.

Réserver un créneau