Macro

La mondialisation est morte. Bienvenue à la fragmentation.

Par Marc Sauvage, le

On nous a vendu la mondialisation comme une victoire irréversible. Libre circulation des biens, des services, des capitaux. Un monde unifié. Puis 2016 arrive, Trump dit “America First”, et on se rend compte que la mondialisation était une parenthèse, pas une loi de physique.

Aujourd’hui, la parenthèse se ferme. Et très rapidement. Le monde ne se globalise plus. Il se fragmente en blocs rivaux. Et si ton épargne est entièrement exposée à un seul bloc, tu es en danger.

Premier clou : Trump et le protectionnisme américain

Quand Trump a pris la présidence, les droits de douane américains étaient à 2% en moyenne. Un niveau historiquement bas, issu de trois décennies de réduction tarifaire après la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, ils sont à 24% en moyenne. Certains secteurs (acier, aluminium) montent à 50% ou plus. Et chaque mois, il y a une nouvelle annonce : tarif sur les produits mexicains, tarif sur le Brésil, tarif sur la Chine. Les règles changent tous les six mois. Les entreprises ne savent plus sur quel pied danser.

Ce qui change, c’est que ce n’est plus temporaire. Quand George W. Bush a imposé les tarifs sur l’acier en 2002, c’était présenté comme une crise passagère. On savait que ça allait finir. Aujourd’hui, le protectionnisme est idéologique. C’est présenté comme permanent. “C’est notre politique.”

Et ça marche. Les entreprises qui pouvaient opérer dans un réseau mondial commencent à relocaliser. Pas en totalité. Mais en sélectif. Pour les biens stratégiques, les composants critiques, tu dois produire en Amérique du Nord. Ou en Asie. Pas en Europe.

Deuxième clou : la guerre en Ukraine et la formation de deux blocs

La Russie a envahi l’Ukraine en 2022. L’Occident a réagi en sanctionnant la Russie. Jusque-là, c’est standard. Mais ensuite, quelque chose de plus profond s’est produit : le monde s’est clivé en deux systèmes de paiement.

D’un côté, le bloc américain. C’est les Amériques au complet : Canada, États-Unis, Amérique du Sud jusqu’à la Patagonie. Puis les alliés traditionnels : Japon, Corée du Sud, Australie, Europe. Ils échangent en dollars et utilisent le système bancaire occidental (SWIFT, etc.).

De l’autre côté, le bloc asiatique. C’est la Chine, l’Asie du Sud-Est, l’Inde, le Pakistan, une bonne part de l’Afrique. Et la Russie en tant que fournisseur d’énergie. Et voici le détail qui tue : le commerce entre la Chine et la Russie s’est basculé en monnaies locales. 90% du commerce sino-russe se fait maintenant en yuans et roubles. Pas un seul dollar.

C’est la dédollarisation en action. Et ça s’accélère.

Troisième clou : la dédollarisation silencieuse

Pendant 80 ans, le dollar a été la monnaie du commerce mondial. Si tu veux acheter du pétrole, tu achètes en dollars. Si tu veux faire un paiement international, tu passes par un bank américain. C’était la base de la puissance américaine.

Mais regardez les chiffres de 2026. La part du dollar dans les réserves des banques centrales est passée à 57.8%. En 2000, c’était 71%. C’est une dégringolade lente mais inexorable.

Pire : les banques centrales achètent massif. En 2025, elles ont acheté 1,045 tonnes d’or. Du vrai or physique. Pas du papier. C’est le plus haut depuis 50 ans. Pourquoi ? Parce que quand tu ne fais pas confiance à la monnaie de référence, tu achètes l’ultime réserve de valeur : le métal.

Et puis il y a les projets de cryptomonnaies alternatives. Les BRICS ont lancé un prototype de monnaie numérique adossée à 40% à de l’or. Pas une blague. C’est du sérieux. C’est la reproduction numérique de l’étalon-or, pour contourner le système du dollar.

Quand même les états-unis concurrents te lancent une monnaie dont la moitié est en or, c’est que la monnaie fiduciaire américaine n’inspire plus confiance.

Le problème du Français moyen : exposition maximale à un bloc fragile

Et ici, c’est où ça devient urgent pour toi.

Ton épargne, elle est investie où ? Dans l’économie européenne, vraisemblablement. Ton Livret A est en euros. Tes assurances-vie fonds euros ? En euros. Tes PEL ? En euros. Tes actions ? Probablement des valeurs françaises ou européennes. Tes obligations ? Des obligations gouvernementales françaises ou allemandes.

En d’autres termes : toute ton épargne est exposée au bloc européen. Un bloc unique. Une seule monnaie. Un seul marché. Zéro diversification inter-bloc.

Et ce bloc est fragile. C’est important de le voir clairement.

L’Europe a d’énormes dettes publiques. La France à 110% du PIB. Ses déficits structurels sont importants. Elle a choisi la Russie comme ennemi, ce qui signifie qu’elle a coupé l’accès à l’énergie russe bon marché (pétrole, gaz). Elle a rejeté le nucléaire (par peur de Fukushima, une décision idiote pour le continent le plus industrialisé du monde). Elle dépend maintenant de sources d’énergie onéreuses et instables.

Rappel simple : une économie, c’est d’abord de l’énergie transformée. Si tu as moins d’accès à de l’énergie bon marché, tu as moins de croissance. C’est mécanique. L’Europe manque de croissance depuis dix ans, en partie parce qu’elle n’a pas investi dans l’énergie stable et bon marché.

Et pendant ce temps, elle se trouve coincée entre deux blocs puissants : les États-Unis (alliés mais imprévisibles) et la Chine/Russie (rivaux et de plus en plus intégrés). Elle n’a pas vraiment de levier.

La stratégie : diversification hors de la zone euro

Voici ce que je recommande à mes clients français qui prennent ça au sérieux.

Première étape : diversifier tes placements hors eurozone. Pas tout vendre en euros. Mais une part, peut-être 15-25% de ton portefeuille, en ETFs sur les marchés américains (S&P 500, Nasdaq), en obligations américaines. Oui, il y a des risques. Mais il y a aussi une exposition à un bloc économique qui grandit, quand même, et qui domine technologiquement.

Deuxième étape : augmenter ton exposition à l’or physique. À 5100 dollars l’once, ce n’est pas “trop tard”. C’est même probablement encore tôt. Si la dédollarisation s’accélère et que les banques centrales continuent d’acheter, l’or peut aller à 7000 ou 8000 dollars l’once d’ici 5-10 ans. Pas pour spéculer, mais pour se protéger. Et c’est un actif qui ne dépend d’aucun bloc. L’or n’a pas de nationalité.

Troisième étape : prendre le Bitcoin au sérieux. Je sais que ça paraît extrême. Mais pense à la logique. Bitcoin c’est un actif avec des règles codées dedans. Pas modifiables par un gouvernement. Pas dilué par une banque centrale. C’est la seule monnaie qui ne peut pas être manipulée politiquement. Dans un monde de fragmentation géopolitique, où tu ne sais pas sur quel bloc parier, c’est une assurance différente.

Pas pour en faire ta fortune. Mais comme une rente d’existence : 5-10% du portefeuille. De l’assurance contre l’imprévisibilité politique future.

Conclusion : la fragmentation est le nouveau contexte

La mondialisation a permis une certaine prospérité parce qu’on pouvait produire à bas coût partout et vendre partout. Ça c’est fini. On entre dans un monde où tu dois être “dedans” d’un bloc pour accéder aux avantages économiques du bloc.

Si tu es entièrement dedans le bloc euro, tu bénéficies de l’accès au marché unique européen. Mais tu portes aussi tous ses risques : la dépendance énergétique, la dette, l’imprévisibilité géopolitique.

Diversifier, c’est pas de la paranoia. C’est de la prudence. C’est accepter que la parenthèse de la mondialisation est fermée, et que l’avenir, c’est de jouer sur plusieurs blocs à la fois.


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