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L'Euro Est-Il un Échec?

Par Marc Sauvage, le

L’euro fête ses décennies d’existence. Mais est-ce vraiment un succès? Dépend pour qui.

Le succès apparent

Sur le papier, l’euro a de vrais avantages. Une monnaie commune facilite le commerce intra-européen. Les transactions transfrontalières sont simplifiées. Les fluctuations de change n’existent plus entre les pays de la zone euro. Tout semble logique d’un point de vue administratif.

Et pour les banquiers, c’est un succès indéniable. Ils gèrent une monnaie majeure mondiale. L’euro est une réserve de valeur. C’est un point de puissance géopolitique.

Mais les failles sont structurelles

Problème: on a créé une monnaie unique sans créer une véritable union politique, budgétaire ou fiscale.

L’Allemagne, la Finlande, la France et la Grèce n’ont pas les mêmes productivités, les mêmes coûts de production, les mêmes systèmes sociaux. Mais ils partagent la même monnaie.

Résultat? Pendant que l’Allemagne accumule les excédents commerciaux, les pays du sud croulent sous les déficits. C’est un système de transferts déguisés.

L’euro empêche les ajustements naturels

Avant l’euro, quand un pays perdait en compétitivité, sa monnaie se dévaluait. Cela réduisait les prix, rendait les exportations plus compétitives. C’était douloureux mais efficace.

Avec l’euro, pas de dévaluation possible. Les pays perdent en compétitivité, accumulent les dettes, s’enfoncent. Les tensions sociales montent. Les populations souffrent.

La Grèce l’a bien compris

La Grèce aurait beaucoup mieux géré sa crise si elle avait eu le drachme. Elle aurait pu dévaluer, réduire ses dettes en termes réels, et redémarrer. Avec l’euro, elle s’est enfoncée.

Idem pour Portugal, Italie, Espagne à des degrés divers.

L’euro détruit les différences productives

Avant l’euro, un pays moins productif pouvait avoir une monnaie moins forte, ce qui renforçait ses exportations. Avec l’euro, les économies inefficaces s’enfoncent simplement. Les différences s’agrandissent.

L’Europe n’est pas devenue plus riche. Elle s’est fragmentée économiquement, même si politiquement elle restait unie.

Qui a vraiment gagnné?

Les banques. Les grandes entreprises allemandes. Les États qui pouvaient emprunter à bon marché grâce à la stabilité de l’euro. Pas les petites économies. Pas les travailleurs.

L’avenir de l’euro

Trois scénarios:

  1. Fédéralisation complète: États-Unis d’Europe avec vrai gouvernement fédéral et budget commun. Très improbable vu les différences culturelles.

  2. Fragmentation: l’euro éclate en plusieurs monnaies régionales. Douloureux à court terme mais peut-être sain à long terme.

  3. Statu quo: on continue comme ça. L’Europe s’affaiblit relativement face aux USA et à la Chine.

Mon avis

L’euro n’est ni un succès ni un échec total. C’est un compromis imparfait que les politiques ont présenté comme la solution miracle. Il ne l’était pas.

Pour les petites économies, c’a été un désastre relatif. Pour l’Allemagne, une aubaine. Pour la France, c’est plus nuancé: moins de pouvoir que le franc, mais stabilité accrue.

Mais comme projet politique, l’euro a échoué à créer une véritable convergence. Il a seulement masqué les divergences.


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