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La note de la France dégradée: un bulletin d'une bien mauvaise élève

Par Marc Sauvage, le

L’élève France a eu un mauvais bulletin

Le 31 mai 2024, l’agence Standard and Poor’s a dégradé la note de la France de AA à AA-. C’est la conséquence directe de 50 ans de gestion budgétaire irresponsable. Depuis 1974, pas un seul année avec un budget équilibré. Pas une seule.

Cette dégradation n’est pas une surprise pour ceux qui suivent les comptes publics français, mais elle marque un tournant symbolique important. Voyons ensemble ce que cela signifie réellement.

Qu’est-ce qu’une note de solvabilité?

Les agences de notation comme Standard & Poor’s, Moody’s ou Fitch évaluent la capacité des pays à rembourser leur dette. Ces notes vont de AAA (la meilleure note) jusqu’à D (défaut de paiement).

La France était notée AA avant cette dégradation. C’est une bonne note, mais elle indique que le pays ne jouit pas d’une santé financière parfaite. Avec la dégradation en AA-, la France est désormais perçue par les investisseurs comme légèrement plus risquée.

Il faut noter que ces agences n’ont pas toujours un bon historique. Elles avaient noté AAA les produits subprimes avant la crise de 2008. Et elles avaient donné une note A à Silicon Valley Bank avant sa faillite en 2023. Mais bon, leurs évaluations influent quand même les marchés.

Qui achète la dette française?

La dette publique française se vend sous forme d’obligations achetées par:

Les banques, assureurs et fonds de pension français: Ils achètent ces obligations pour les fonds euros et autres placements “sûrs” proposés aux clients.

Les investisseurs étrangers: Banques étrangères, fonds d’investissement et banques centrales étrangères qui cherchent des placements sécurisés.

Les institutions européennes: La BCE, le mécanisme de stabilité européen (officiellement interdit par les traités, mais bon).

Les particuliers et entreprises: Via principalement les fonds euros.

Voici le problème: les banques, assureurs et fonds de pension peuvent légalement investir que dans des titres de très haute qualité, notation AA minimum. Si la France descend à A+ au prochain downgrade, ces institutions seront obligées de vendre massivement leurs obligations françaises. Cela pourrait créer une crise de liquidité.

Pourquoi la France est-elle en mauvaise position?

C’est simple: la France vit au-dessus de ses moyens. Elle dépense bien plus que ce qu’elle gagne. Et pas juste un peu plus: systématiquement, année après année, depuis deux générations.

Le dernier budget équilibré de la France remonte à 1974. Vous l’avez bien lu: 1974. Il y a 50 ans.

Que ce soit en temps de paix ou de crise, de croissance ou de récession, pendant le Covid ou après, la France continue de dépenser plus qu’elle ne gagne. Et pour financer ces dépenses, elle emprunte sur les marchés financiers. Toujours un peu plus.

Résultat: la dette atteint maintenant 3100 milliards d’euros, soit plus de 110% du PIB français. Et elle a plus que doublé entre 2008 et 2023.

La bonne et la mauvaise dette

En gestion patrimoniale, on distingue la bonne dette de la mauvaise dette. C’est pareil pour les États.

La bonne dette finance des investissements productifs: les routes, les ponts, les réseaux de transports qui augmentent la productivité. L’éducation et la santé qui développent le capital humain. La recherche et le développement qui créent l’innovation de demain.

La mauvaise dette finance les dépenses courantes: les salaires de la fonction publique, les allocations, les prestations sociales sans générer de retour sur investissement. Un Français sur cinq travaille dans la fonction publique, ce qui est considérable.

Le problème français: la dette augmente plus vite que le PIB. Cela signifie que l’argent emprunté ne retourne même pas entièrement dans l’économie. C’est la preuve que la majorité de la dette française est de la mauvaise dette.

Les conséquences réelles de cette dégradation

L’augmentation des coûts d’emprunt: Une note plus basse signifie que les investisseurs demandent des taux d’intérêt plus élevés pour prêter à la France. Cela alourdit la charge de la dette chaque année.

L’érosion de la confiance: Les investisseurs deviennent prudents. La France perd en attractivité comme placement sûr.

La pression sur les finances publiques: Face à des coûts d’emprunt plus élevés, l’État doit trancher: augmenter les impôts ou réduire les dépenses. Probablement les deux.

Comment la France peut-elle réagir?

Il y a trois options: augmenter les recettes, réduire les dépenses, ou les deux.

Réduction des dépenses publiques: Coupes dans certains secteurs, y compris potentiellement les prestations sociales, réductions des subventions, réforme des retraites et des allocations chômage.

Augmentation des impôts: Taxe sur l’immobilier, impôts sur les revenus du capital, possibles augmentations des impôts directs sur les particuliers et entreprises.

Réformes structurelles: Amélioration de l’efficacité administrative pour produire plus avec moins.

L’Union Européenne ne manquera pas de nous rappeler que ces mesures sont nécessaires.

Mon avis

Malgré les dépenses publiques massives, la croissance économique française reste anémique. Où va vraiment l’argent? Les dépenses excessives de l’État ne génèrent pas assez de croissance pour financer les finances publiques. C’est parce que ces dépenses vont aux fonctionnements, pas aux investissements productifs.

Après les élections de juin 2024 et la dissolution de l’Assemblée Nationale, les réformes structurelles sont en “pause”. Tous les gouvernements vont préférer faire plaisir à tous les partis pour construire une majorité. Résultat: le déficit de 2024 sera certainement plus élevé que celui de 2023.

La France doit faire des choix difficiles. Continuer sur cette trajectoire n’est pas viable à long terme.


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