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Le blocage des prix: une fausse bonne idée

Par Marc Sauvage, le

Aujourd’hui, je veux aborder une mesure économique souvent discutée en période électorale: le blocage des prix. Notamment sur l’alimentaire.

C’est une idée de plus en plus répandue… Mais qu’est-ce que cela implique vraiment?

Qu’est-ce que le blocage des prix?

Le blocage des prix consiste à fixer un plafond légal pour certains produits essentiels, empêchant les entreprises de les vendre au-delà d’un certain prix.

Et c’est l’État qui décide lui-même de fixer les prix par décret.

Cela peut sembler être une bonne idée, surtout en période de forte inflation. L’objectif est de rendre accessible à tous un produit cher et donc rare.

En général, cela concerne l’alimentaire, l’énergie ou les loyers.

Bloquer les prix est une vision court-termiste, sans prendre en compte les effets à long terme qui finissent par être très différents des résultats espérés.

L’évolution de l’offre et de la demande

Cette courbe, une classique des cours d’économie, montre comment réagit l’offre et la demande d’un produit en fonction de son prix.

Courbe de demande: La courbe est descendante car quand le prix diminue, la quantité demandée par les consommateurs augmente.

Courbe d’offre: La courbe est montante car quand le prix d’un bien augmente, la quantité offerte par les producteurs augmente.

Les deux courbes se croisent en un point d’équilibre qui correspond au prix de marché du bien.

Mais si le prix est fixé en dessous du prix d’équilibre, comme dans le cas d’un blocage des prix, la demande excède l’offre, ce qui va créer une pénurie.

À l’inverse, si le prix est supérieur à l’équilibre, l’offre excède la demande, entraînant un surplus.

Cette interaction entre l’offre et la demande régule naturellement les prix et les quantités sur un marché libre, sans intervention extérieure et encore moins étatique.

Les effets pervers du blocage des prix

Fixer le prix d’un bien en dessous du prix duquel il aurait été vendu dans un marché libre augmente sa demande (car plus accessible) et réduit son offre (car vente à perte des distributeurs).

Et si l’ajustement de la demande ne se fait pas avec le prix, elle se fait avec les quantités disponibles.

D’où un florilège d’effets désastreux:

Pénuries de produits: La demande excède l’offre, conduisant à une pénurie du bien. Et si c’est de l’alimentaire, on parle là de rayons vides et de files d’attente.

Apparition de marchés noirs: Certains vont profiter de la rareté pour vendre sur le marché noir à des prix beaucoup plus élevés que les prix officiels. Les marchés noirs entraînent une perte de recettes fiscales pour l’État. Et il est très difficile de les empêcher.

Baisse de la production: Avec des prix plafonnés, la marge des producteurs est réduite. Certains vont réduire leur production ou quitter le marché. Avec moins de producteurs, les pénuries augmentent.

Baisse de la qualité: Pour compenser les marges réduites imposées par les prix plafonnés, certains réduisent la qualité des produits.

Effets de long terme sur l’économie: Les entreprises vont hésiter à investir dans un environnement où les prix peuvent être arbitrairement contrôlés par l’État.

Exemple récent: la Hongrie

En réponse à une inflation croissante (à cause du Covid), Viktor Orban a gelé les prix des produits alimentaires et des produits énergétiques entre décembre 2021 et août 2023.

Conséquences:

Accélération de l’inflation: En septembre 2022, l’inflation a atteint 20,1%, avec des prix alimentaires augmentant de 35,2% par rapport à l’année précédente. Certains produits, comme le pain, ont vu des hausses de prix de 76,2%.

Pénuries et restrictions: Les supermarchés ont dû limiter le nombre d’unités que les consommateurs pouvaient acheter en raison des pénuries.

Marchés noirs: La fixation des prix a favorisé l’émergence de marchés noirs où les produits étaient vendus à des prix bien plus élevés.

Impact global: Malgré les intentions de stabiliser les prix, l’inflation en Hongrie est restée parmi les plus élevées en Europe, atteignant des taux moyens de 17,5% en 2023.

On ne peut pas dire que c’était un succès, et le blocage des prix a été levé il y a 12 mois.

Conclusion

Le blocage des prix est de la pure démagogie qui joue sur la méconnaissance économique des électeurs.

C’est de la politique court-termiste pour draguer les électeurs.

C’est la définition de la fausse bonne idée. Cela part d’une bonne intention, mais le remède est pire que le mal.

Et il y a de nombreux exemples de contrôle des prix qui ont échoué (Venezuela, URSS), alors je m’étonne toujours de revoir cette idée refaire surface.


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