Les 4 façons de dépenser l’argent selon Friedman
Milton Friedman, prix Nobel d’économie, a développé une théorie simple mais puissante sur la manière dont nous dépensons notre argent. Cette théorie repose sur deux axes fondamentaux.
Les deux axes de Friedman
L’origine de l’argent: Est-ce mon argent ou celui d’autrui?
Le bénéficiaire: Dépensé-je pour moi ou pour quelqu’un d’autre?
En croisant ces deux axes, Friedman identifie quatre catégories de dépenses, avec des implications très différentes pour l’efficacité économique.
Catégorie 1: Investir son propre argent pour son propre bien-être
C’est le scénario idéal. Tu dépenses ton argent pour ton intérêt personnel, ce qui crée une incitation maximale à bien gérer ta dépense.
Tu compares les prix, tu chasses les bonnes affaires, tu recherches le meilleur rapport qualité-prix. Tu sais où chaque centime va et pourquoi. Cette attitude s’applique à des achats importants comme un logement, une formation, une assurance ou un investissement financier.
C’est la gestion financière optimale: tu es attentif, tu réfléchis avant de dépenser.
Catégorie 2: Dépenser son propre argent pour autrui
Tu veux faire plaisir, mais tu gardes un oeil sur ton portefeuille. C’est l’univers des cadeaux de Noël, des anniversaires, des cadeaux pour tes proches.
Le défi majeur est que tu ne connais pas parfaitement les préférences de la personne. Combien de cadeaux de Noël finissent au fond d’un placard? Cette ignorance réduit l’efficacité de ta dépense car l’euro dépensé n’a pas maximisé son utilité.
Tu cherches quand même à bien faire, mais moins efficacement que si tu dépensais pour toi-même.
Catégorie 3: Dépenser l’argent d’autrui pour soi-même
Imagine que tu aies une carte de crédit débité sur le compte de quelqu’un d’autre. C’est tentant de te laisser aller, non?
Tu es moins regardant sur les prix puisque ce n’est pas ton argent. Tu recherches la satisfaction immédiate plutôt que la valeur. C’est le scénario du cadre qui dépense le budget de son entreprise sans prudence particulière, ou du politique qui dilapide l’argent public.
C’est une situation dangereuse sans garde-fou approprié.
Catégorie 4: Dépenser l’argent d’autrui pour autrui
C’est le scénario le moins efficient: tu dépenses l’argent des autres pour le bénéfice d’autres encore. C’est le monde des budgets d’entreprise, des fonds publics, des dépenses caritatives.
L’État français en est un exemple classique. Tu dépenses l’argent de contribuables pour financer des services publics. Il est facile de perdre de vue la valeur réelle de l’argent. La dépense devient une formalité administrative plutôt qu’un choix réfléchi.
C’est pourquoi il est crucial d’instaurer une culture de responsabilité et de transparence: “Répondre de ses actes!”
Les obligations en 2024: est-ce le bon moment d’investir?
Maintenant que tu comprends comment optimiser tes dépenses, voyons si investir dans les obligations en 2024 est pertinent pour toi.
Qu’est-ce qu’une obligation?
Une obligation est un titre de dette émis par une entreprise, un État ou une institution financière.
Quand tu achètes une obligation, tu prêtes de l’argent à l’émetteur. En échange, il te verse un intérêt appelé “coupon” pendant une durée déterminée appelée “maturité”. À l’échéance, tu es remboursé du montant principal.
C’est exactement comme si tu devenais le banquier de l’emprunteur. Les obligations sont généralement moins risquées que les actions, mais offrent des rendements plus faibles.
Comment fonctionnent les obligations?
La performance des obligations dépend de deux facteurs principaux.
Le rendement de l’obligation: c’est l’intérêt annuel que tu perçois.
L’évolution des taux d’intérêt: quand les taux montent, la valeur des obligations existantes baisse car de nouvelles obligations plus attractives arrivent sur le marché. Inversement, si les taux baissent, la valeur des obligations existantes augmente. C’est un jeu d’équilibre constant.
2022 et 2023: deux années très différentes
En 2022, pour lutter contre l’inflation, les banques centrales ont fortement relevé leurs taux directeurs. L’Europe est passée de -0,50% à +4% en une seule année!
Conséquence: les obligations ont perdu entre 10% et 20% de leur valeur en 2022. Une année horrible pour les obligataires.
Mais en 2023, les taux se sont stabilisés et l’inflation a reculé. En profitant des taux d’emprunt élevés, l’année a été très bonne pour les obligations. Les rendements “embarqués” étaient attractifs.
Perspectives pour 2024
Deux facteurs dominent.
Le rendement de l’obligation: les taux d’emprunt en 2024 restent élevés pour tous: particuliers, entreprises et États. Les rendements embarqués sont donc très bons. Cependant, le risque de défaut est plus fort en 2024 qu’auparavant. Les entreprises en difficulté sont plus nombreuses.
L’évolution des taux d’intérêt: l’inflation recule lentement mais est sous contrôle. Les banques centrales vont probablement initier des baisses de taux courant 2024. Cela va mécaniquement booster la performance des obligations existantes.
Comment investir dans les obligations?
Il existe trois approches.
L’achat direct d’obligations: tu achètes des obligations directement auprès de l’émetteur. Cela offre un certain contrôle, tu choisis l’émetteur, la durée et le rendement. Mais le montant minimum à investir est souvent très élevé.
Les fonds obligataires: un fonds investit dans un panier d’obligations diversifiées, ce qui réduit le risque. Les frais annuels se situent entre 0,5% et 1,5%.
Les ETF obligataires: des fonds indiciels qui reproduisent un indice obligataire. Ils offrent diversification et faible coût.
Avis pour 2024
Je recommande clairement d’investir en obligations en 2024 given le contexte.
Les obligations sont des investissements à long terme. Il est crucial de bien diversifier son portefeuille, en investissant dans des obligations émises par différents émetteurs, avec différentes durées et différents niveaux de risque.
Pour cela, je recommande les fonds obligataires ou les ETF obligataires plutôt que l’achat direct. Ils offrent une meilleure diversification pour les petits montants.
Marc Sauvage CGP-CIF Édition n°17 - 24 janvier 2024